Intégrer l’occitan à nos dynamiques de développement

Le Périgord, à l’image de l’Occitanie, est riche d’une histoire militante quant au maintien et à la défense de sa langue et de sa culture. Voilà plus d’un siècle que le mouvement associatif œuvre afin que l’occitan reste présent dans la vie culturelle et locale.

Ce long combat a fini par donner naissance à d’autres approches, plus techniques. Voici, en effet une vingtaine d’années que nous voyons s’intégrer l’occitan aux dynamiques de développement territorial. C’est d’abord le Pays Périgord Vert qui lance le coup d’envoi avec l’opération Mémoire(s) de demain. Vaste opération de collecte de la mémoire occitane, l’idée directrice était de favoriser, à travers la mémoire des anciens, l’attractivité du territoire. Le raisonnement consistait à penser que les habitants qui connaissent mieux leur culture, et qui en ont une vision positive se trouvent dans une meilleure posture d’accueil et peuvent ainsi devenir de meilleurs ambassadeurs pour inciter de nouveaux habitants, et peut être même de nouvelles entreprises, à s’installer sur ce territoire au patrimoine immatériel riche.

Il s’agit, à notre connaissance d’une des premières expériences de positionnement de la langue et de la culture occitanes comme un facteur de développement économique, de revitalisation d’un territoire.

On pourrait avoir tendance à l’oublier, mais les conséquences de cette action ne sont pas des moindres dans l’histoire de la politique périgourdine en faveur de l’occitan. En effet, nous allions vite nous apercevoir que les opérations de collectage nous permettaient de rencontrer des personnes éloignées de tout « réseau culturel ». Nous allions comprendre que, sur de petites communes rurales, lorsque l’on s’intéresse à quelques anciens, à leur histoire ou à leur mémoire, à des éléments qui auraient pu paraître désuets, c’est à l’ensemble des habitants que l’on adresse. On partage ainsi avec eux un pan de notre culture commune. Les acteurs publics avaient peut-être trouvé là une autre façon d’échanger avec les populations.

De fil en aiguille, la petite équipe du Pôle occitan se mit à développer des projets autour de ces témoignages, à inviter des anciens dans les classes, à construire des projets avec des Centres sociaux, à confronter des artistes avec cette mémoire retrouvée. Il fût décidé d’étendre l’action à l’ensemble du Département. Le « terrain » se montra réceptif, demandeur, force de proposition. Hasard ou coïncidence, le Département créait alors une déléguation à la langue et à la culture occitanes et adoptait dans la foulée un schéma de développement. Le Périgord allait alors (re)devenir « officiellement » occitan.

On commençait même à se demander si la culture occitane, par sa capacité à mobiliser la population, à mettre en avant nos ressemblances, à nous ancrer dans le local tout en ouvrant notre conscience au global ne serait pas un réel levier de développement.

Mais le Périgord Vert ne fût pas le seul précurseur dans ce domaine. À peu près au même moment, le Parc Naturel régional Périgord-Limousin inscrivait, dans sa charte, l’occitan comme un pilier de développement de son territoire, convaincu que celui-ci, à travers son aspect transversal, avait un réel pouvoir liant, de ciment, entre ses nombreuses actions autour de l’économie, de la culture ou encore de l’environnement. Il est étonnant aujourd’hui de regarder la constance et la rigueur avec laquelle le Parc distille l’occitan au sein de son action.

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L’autocollant qui circule à l’arrière de nombreuses voitures sur le PNR

Nous ne saurions, au regard de ces deux exemples, nous garder de noter les similitudes dans les méthodes : transversalité, vision à long terme, objectifs partagés, méthode, concertations, intelligence et implication collectives. Un peu comme si l’occitan s’accommodait mieux d’une mise en contexte ouverte et de modes de gouvernances plus horizontales. Cela fait également partie des éléments qui nous amènent à vouloir le positionner, par exemple, dans le domaine de l’économie sociale et solidaire. Mais ce n’est pas le sujet de cet article.

En mai 2013, les rencontres professionnelles Paratge pro nous invitent, au château de Bourdeilles, à nous interroger sur les langues régionales comme facteur de développement touristique. Nous y apprendrons, entre autre, que le secteur du tourisme se trouve lui même dans une période de mutation, et que le visiteur recherche désormais un contact plus profond avec le territoire, avec ses habitants. C’est, pour nous, une première rencontre avec les notions de tourisme expérientiel, ou encore de territoire créatif, mais surtout avec le rôle clé que les langues et cultures locales peuvent jouer, là encore, en matière de développement. De nombreuses expériences y sont présentées et sont consultables dans les actes du colloques.

On peut y repérer, en Périgord par exemple, de premières expériences qui mobilisent l’occitan et le patrimoine immatériel dans le domaine du tourisme. L’initiative est appréciée par le public.

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Dans son guide des randonnées, le Département intègre des éléments relatifs à la langue, à la culture et à la toponymie occitanes afin de proposer une autre lecture des paysages périgourdins

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Le randonneur est invité, via le site internet, à prendre conscience de l’aspect occitan du Périgord.

Mais il  existe aussi des expériences plus abouties comme l’offre proposée par la marque Tarn cœur d’Occitanie.

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Le Département du Tarn a choisi de mettre en œuvre une politique touristique qui s’appuie sur son occitanité tout en la valorisant.

Les exemples et les initiatives ont tendance à se multiplier et sont nombreux à travers les territoires.

Et maintenant ? Et après ? La lecture de ces éléments nous laisse penser qu’ils ne sont qu’un début. Mais comment poursuivre, expérimenter, investir dans ces périodes de tensions budgétaires ? Et si l’occitan, le breton, le basque ou le créole faisaient partie des solutions ? Et si ces langues, ces cultures, ces visions du monde, nous permettaient de mieux nous projeter dans le « produire et consommer local » ? Dans la conception d’une économie au service de l’humain et de la cohésion sociale ? Dans la proposition d’une offre culturelle qui relie les gens et qui les relie à leur territoire tout autant qu’à la planète ?

Autant de questions que nous plaçons au centre de nos choix de vie et de l’orientation de nos projets professionnels. Autant de questions que nous posons comme prétexte à la rencontre, à la friction des points de vues, aux orages de têtes.

En effet, nous serons heureux d’en discuter avec tous, et bien plus heureux encore de nous retrouver dans l’action. N’hésitez pas à nous contacter.