Semaine 30_Où on entend « liberté »

Nous n’échappons pas au monde, à la règle du monde actuel : nous sommes équipés, nous sommes connectés. 

Écrans en tous genres, smartphones et « applis » remplissent nos sacs, nos poches. Avec leurs cortèges de « notifs », leurs cohortes de petits bruits de tous poils, qui nous tirent par la manche à longueur de journée, ces objets nous happent, nous éloignent, provoquent une lente et douce séparation de tout ce qui n’est pas nous. De l’autre.

 

Flashs de lumière bleue dans nos nuits devenues morcelées et sans véritable repos. 

Avons-nous vu, perçu, le glissement ? Nous sommes-nous rendu compte de notre transformation ? Enfermés dans nos bulles qui nous ressemblent, auxquelles nous nous identifions, convaincus que le monde est ce que nous voyons par ces petites fenêtres ? Qui ne s’ouvrent que sur un mur décoré d’un papier peint en trompe l’œil et confectionné par nos soins. Réduits à cette perception toute fabriquée depuis nous et retournée sur nous-mêmes. Enfermés dans l’illusion de l’infini.

Avons-nous vu, perçu, le commerce ? L’immense marché de nos envies de communiquer, de notre besoin d’être en contact, de nous lier et in fine l’économie générée par nos données ? Elles qui portent si joliment leur nom, nous les donnons, les lançons aux quatre vents, graines de nos profils récupérés et ré-investis en paramètres marchands. Offertes par milliards à ceux qui multiplient d’autant leurs dividendes, leurs intérêts, riches de notre consentement joyeux à croire que nous avons accès à tout, tout le temps, à nous croire libre.

Avons-nous vu, perçu, la surveillance ? Surveillés par nos montres qui observent notre rythme cardiaque, nous avertissent qu’on a pas assez marché et qui nous commanderont bientôt une paire de baskets neuves. Il n’est plus nécessaire de se demander ce qui bon pour nous. Les algorithmes s’en chargent. Sans parler du besoin de nous protéger des dangers de ce monde devenu fou, de nous éviter le pire, de nous éloigner des risques, alors nous consentons à être regarder, dans la rue, dans les boutiques, peut-être chez nous. Une vigilance (des voisins), une sécurité du quartier pour être tranquillisés. Après tout, si on a rien à se reprocher.

 

Nous voilà bien ; là où on se croit libre, on s’enchaîne, là on croit communiquer on se sépare, là on pense facilités, commodités on devient un produit sous surveillance. Nous consentons à être regardés, observés, forés, à ce que nos identités éclatent dans les cieux des GAFAM et autres Goliath sans foi ni loi.

Économie, argent, contrôle, pouvoir. Qui est libre ?

Irréversible ?
Pas sûrs.

 

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Sur ces questions; pour en comprendre les mécanismes, l’histoire, les utopies et ses dérives et pour peut-être penser un renversement : La civilisation du poisson rouge-Petit traité sur le marché de l’attention de Bruno Patino

Buno Patino, La civilisation du poisson rouge_quatrième de couverture_éditions Grasset

 

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Conférence enregistrée en 2015, un tour d’horizon de notre environnement social et de l’évolution de ses fonctionnements. Un creuset pour nos outils numériques. Où liberté et bonheur se racontent au travers de nos politiques, de nos institutions et du sacro-saint marché.

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Et entre les journalistes et les psychanalystes, il y a les auteurs et leurs récits. Alain Damasio et son dernier roman  Les furtifs nous projette dans un avenir proche, auquel nous ne peinons pas à croire. Une société dans laquelle les entreprises peuvent acheter des villes, s’approprier des territoires entiers et leurs habitants.

(pour celles et ceux qui lisent ou liront « Les furtifs », aucun élément lié à l’intrigue n’est présent dans cet extrait, juste une réflexion sur l’état d’être vivants, sur le besoin d’une politique du vivant)

Alain Damasio, Les furtifs, éditions La Volte (quelques extraits)

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2 Replies to “Semaine 30_Où on entend « liberté »”

  1. Merci Line !
    Je ne crois pas avoir encore lu ce passage des Furtifs… :-/ J’en suis à peu près à la moitié.
    Je sais pas ce que t’en dis mais peut-être qu’on pourrait vivement en recommander la lecture ? 🙂

  2. Je souscris à ta proposition François !
    Et vivement, recommandons la lecture des Furtifs ; une fiction aux accents émancipateurs et poétiques. Inspirants même.

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